05/04/2019

La forêt au fil des saisons

L’hiver se termine, le printemps arrive à grands pas. Avec le chant des oiseaux allant crescendo, le crissement des tronçonneuses s’atténue progressivement. La période des coupes touche à sa fin.

D’ailleurs, pourquoi abattre des arbres à priori sains ?

Il faut savoir que la forêt remplit de multiples fonctions dans notre environnement. Si, pour le promeneur, elle est lieu de détente, elle est également habitat pour de nombreuses espèces animales et végétales qu’il y a lieu de protéger, comme elle est lieu de travail pour les bûcherons ou autres entrepreneurs du secteur forestier fournissant la matière première pour l’industrie du bois.

Dans un objectif de conciliation de ces objectifs, le martelage épargne de manière systématique les arbres désignés « arbre-biotope » qui sont reconnus comme abritant des mammifères ou nids d’oiseaux. En même temps, ceux qui constituent une source de danger pour les usagers de la voirie forestière sont écartés. Ou ceux qui, de physionomie médiocre, entravent la croissance de leur voisin d’allure plus belle et produisant donc un bois de meilleure qualité. De même, les hêtres qui ombragent les cimes de nos chênes majestueux, essence à grand besoin en luminosité, et dont les branches basses s’assèchent dans l’ombre de leur voisin intrusif.

D’ailleurs, les chênes : si d’aucuns décrient le changement climatique comme étant issu de l’esprit tourmenté de quelques pseudoscientifiques, il est indéniable que les saisons des années écoulées étaient marqués d’événements météorologiques sortant de la normalité, comme des températures extrêmes ou la sécheresse.

La forêt, comme biocénose, en souffre également. Ainsi la politique forestière veut qu’elle soit préparée à ce changement en favorisant la mixité d’essences et en misant d’avantage sur le chêne, qui a un enracinement plus profond que le hêtre et a ainsi plus de chances de puiser de l’eau quand le hêtre est déjà à sec.

Sans intervention humaine et dans un cycle évolutif naturel, le chêne disparaîtrait cependant progressivement de nos massifs forestiers de plus en plus sombres au profit du hêtre à large tolérance en ombre. Ce « favoritisme » n’est malheureusement pas partie gagnée si l’on considère que nos chênes ont atteint, voire dépassé, l’âge de maturité sans pouvoir compter sur une régénération soutenue en chênes   qui doit non seulement lutter contre l’abondance de jeunes hêtres la surplombant dès le jeune âge, mais également contre l’abroutissement du gibier. Surtout le chevreuil, comme fin gourmet, porte sa dévolution sur les bourgeons terminaux des frêles chênes, l’empêchant ainsi de croître. Mais le sanglier ne rechigne pas non plus devant un buffet richement dressé en glands de chênes juteux, bien qu’il impacte moins la forêt que le chevreuil.

Mais revenons à la question initiale : pourquoi abattre des arbres à priori sains ? Pour toutes les raisons énoncées avant : pour rendre la forêt plus sûre pour le visiteur. Pour « sauver » nos chênes. Pour augmenter la mixité des essences forestières. Pour protéger les habitats des animaux et des plantes. Et finalement pour produire un bois de qualité, un bois qui est exporté partout dans le monde pour la meilleure qualité, qui termine en pâte à papier pour les branches – ou qui chauffe l’école de nos enfants en copeaux de bois.

Alain Schomer
Préposé forestier de la commune de Dippach

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